Luc 22, 15
Lui qui n’a cessé d’aller et venir
lui qui a tellement marché
dans les hauts et les bas de leur désir
il s’assied maintenant avec eux
pour rompre le pain du présent.
Il prend l’amitié entre ses mains
il dit que c’est là le plus humain
le souci qu’on a les uns des autres
que personne ne soit laissé dehors
qu’autour de la table
chacun ait sa place et sa parole.
Il dit que la vie c’est comme la manne
il faut s’agenouiller
pour la ramasser chaque matin
puis la pétrir longuement
pour en faire des galettes de bonté
que l’on partagera avec ceux
qui sont sur le bord du chemin.
Il sait
qu’on n’a pas toujours envie d’avancer
qu’on aimerait mieux flâner ou se reposer
qu’il y a certains jours
dans les pieds trop de douleur
et trop d’épines dans le cœur.
Il connaît la vieille fatigue
de ne pas être compris
de parler dans la nuit
une langue trop claire pour les nantis
Mais il se souvient du jour
où il était assis au bord du puits
il était midi et la femme
qui s’approchait de lui
ne savait pas encore
qu’elle vivait la fin de sa nuit
Il les regarde un à un
ces visages qu’il a tant aimés
il les connaît par leur nom
et même leur petit nom
Ce ne sont pas eux
qui l’ont choisi mais lui
et il continue de les choisir
parce que l’amour n’a jamais fini
d’élire l’aimé et de l’envoyer
à son tour essaimer
aimer plus loin
Francine Carrillo
Le Plus-que-vivant (extrait) - Éditions Labor et Fides
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