Don Bosco nous dit :



  | Don BOSCO nous dit:




Apprends-nous à déposer notre « oui » dans le tien, nous, membres de ton Église :
en paroisses ou en communautés, retirés au désert, enfouis dans le monde ou en mission...
multiples visages qui reflètent la diversité des appels que tu déposes en nous...

Un même rêve, un même coeur

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20 octobre 2026

Réveiller les étoiles

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J’ai entendu, il n’y a pas longtemps, un plâtrier siffler, mais – comment dire…? – il avait mille rossignols dans sa poitrine, il était dans une pièce vide, il enlevait un vieux papier peint, il était seul depuis des heures à cette tâche et il sifflait. Et cette image m’a réjoui et j’ai eu comme intuition que cette humeur là rinçait la vie, la lavait, comme si cette gaieté de l’artisan réveillait jusqu’à la dernière et la plus lointaine étoile dans le ciel.

Ça, vous voyez, ce sont des riens, des moins que rien, des micro-événements, des choses minuscules, mais ce sont ces événements qui fracturent la vie, qui la rouvrent, qui l’aident à respirer à nouveau. Lorsque de tels événements adviennent, croyez-moi, vous le savez. Vous le savez parce qu’une sorte de gaieté vous vient. C’est sans valeur marchande, la gaieté, sans raison, sans explication! Mais c’est comme si, tout d’un coup, la vie elle-même passait à votre fenêtre avec une couronne de lumière un peu de travers sur la tête.


Christian Bobin
- extrait d’un entretien avec Christian Bobin, revue Lire, février 2013 -



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17 août 2026

La richesse de la vie


La rencontre est le but et le sens d’une vie humaine. Elle permet qu’on ne la traverse pas en somnambule. Quand mes yeux se fermeront, ils le feront sur une immense bibliothèque constituée par des visages qui m’auront ému, troublé, éclairé.


Un visage est éclairant quand un être est bienveillant et qu’il est tourné vers autre chose que lui-même. Le soin qu’il prend de l’autre, l’illumine, le rend vivant. Il capte une lumière et la renvoie. C’est quelque chose de rare.


La richesse de cette vie est faite surtout de visages et de quelques paroles.


Christian Bobin



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18 juillet 2026

Légereté


La légèreté, elle est partout, dans l’insolente fraîcheur des pluies d’été, sur les ailes d’un livre abandonné au bas d’un lit, dans la rumeur des cloches d’un monastère à l’heure des offices, une rumeur enfantine et vibrante, dans un prénom mille et mille fois murmuré comme on mâche un brin d’herbe, dans la fée d’une lumière au détour d’un virage sur les routes serpentines du Jura, dans la pauvreté tâtonnante des sonates de Schubert, dans la cérémonie de fermer lentement les volets le soir, dans une fine touche de bleu, bleu pale, bleu-violet, sur les paupières d’un nouveau-né, dans la douceur d’ouvrir une lettre attendue, en différant une seconde l’instant de la lire, dans le bruit des châtaignes explosant au sol et dans la maladresse d’un chien glissant sur un étang gelé, j’arrête là, la légèreté, vous voyez bien, elle est partout donnée. Et si en même temps, elle est rare, d’une rareté incroyable, c’est qu’il nous manque l’art de recevoir, simplement recevoir ce qui nous est partout donné.


Christian Bobin,
La folle allure (extrait)


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15 janvier 2026

Les moments lumineux


Les moments les plus lumineux de ma vie sont ceux où je me contente de voir le monde apparaître. Ces moments sont faits de solitude et de silence. Je suis allongé sur un lit, assis à un bureau ou marchand dans la rue. Je ne pense plus à hier et demain n’existe pas. Je n’ai plus aucun lien avec personne et personne ne m’est étranger.


Cette expérience est simple. Il n’y a pas à la vouloir. Il suffit de l’accueillir, quand elle vient. Un jour tu t’allonges, tu t’assieds ou tu marches, et tout vient sans peine à ta rencontre, il n’y a plus à choisir, tout ce qui vient porte la marque de l’amour.


Peut-être même la solitude et le silence ne sont-ils pas indispensables à la venue de ces instants extrêmement purs. L’amour seul suffirait. Je ne décris là qu’une expérience pauvre que chacun peut connaître, par exemple dans ces moments où, sans penser à rien, on appuie sa joue contre une vitre froide pour regarder tomber la pluie.


Christian Bobin,
La Présence pure



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23 novembre 2025

Un roi sans puisssance


Il dit qu’Il est la vérité. C’est la parole la plus humble qui soit. L’orgueil, ce serait de dire: la vérité, je l’ai. Je la détiens, je l’ai mise dans l’écrin d’une formule. La vérité n’est pas une idée mais une présence. Rien n’est présent que l’amour. La vérité, il l’est par son souffle, par sa voix, par sa manière amoureuse de contredire les lois de pesanteur, sans y prendre garde.


Que des millions d’Hommes se soient nourris de son nom, qu’ils aient peint son visage avec de l’or, fait retentir sa parole sous des coupoles de marbre, cela ne prouve rien quant à la vérité de cet homme. On ne peut accorder crédit à sa parole en raison de la puissance historique qui en est sor­tie: sa parole n’est vraie que d’être désarmée.


Sa puissance à lui, c’est d’être sans puissance, nu, faible, pauvre, mis à nu par son amour, affaibli par son amour, appauvri par son amour.


Telle est la figure du plus grand roi d’humanité, du seul souverain qui ait jamais appelé ses sujets un à un, à voix basse de nourrice. Le monde ne pouvait pas l’entendre. Le monde n’entend que là ou il y a un peu de bruit ou de puis­sance. L’amour est un roi sans puissance, Dieu est un Homme qui marche bien au-delà de la tombée du jour.


Christian BOBIN
« L’Homme qui marche » (extrait) Éditions Le temps qu’il fait



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07 mai 2025

Comme un nid dans un arbre


Je ne sais pas ce que c’est que prier ! Ou alors, je le fais sans le savoir, quand j’écris, c’est-à-dire la plupart du temps ! Rien n’est plus difficile à atteindre que le plus simple. Encore faut-il préciser ce que j’entends par simple: un cœur désencombré de tout projet, de tout désir et de toute volonté.Un cœur vide et ouvert. L’image la plus juste de ce cœur serait celle d’un nid dans un arbre. Le Christ est pour moi comme un amour qu’on attend et qui est déjà là, dans cette attente qu’on en a.


Je suis intimement convaincu que la mort n’aura pas sur nous le dernier mot et que le jour de notre décès, nous serons faits rois. Quant aux Évangiles, je m’y sens comme à l’intérieur d’une clochette de muguet. Comme enivré par la fraîcheur de la vie qui ressuscite à chaque instant.


Christian Bobin,
Entretien avec Jean-Claude Noyé (extrait)



■ Nous vous donnons rendez-vous ce dimanche 11 mai 2025 à 14h UTC+2 en ligne pour le lancement de la 3e année de notre cheminement vers la célébration du 150e anniversaire de la reconnaissance de notre Association. 
Voici le lien pour nous rejoindre :
https://www.youtube.com/watch?v=AvKr6qzWEUg ►



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23 décembre 2024

Le berceau de la vie


C'est toujours par un sommeil que les grandes choses commencent. C'est toujours par le plus petit côté que les grandes choses arrivent. Il y a peu d'événements dans une vie. Les guerres, les fêtes et tout ce qui fait du bruit ne sont pas des événements. L'événement est la vie qui survient dans une vie. Elle survient sans prévenir, sans éclat. L'événement a la forme d'un berceau. Il en a la faiblesse et la banalité. L'événement est le berceau de la vie. On n'assiste jamais à sa venue. On n'est jamais contemporain de l'invisible. Ce n'est qu'après coup, ce n'est que longtemps après qu'on devine qu'il a dû se passer quelque chose.


Christian Bobin
Le très-bas (extrait)



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11 octobre 2024

Vieillir


Je ne pense jamais à l’âge. Les calendriers ne disent pas la vérité sur nous. Les dizaines d’années qui ont sculpté nos traits ne sont rien si nous nous laissons traverser par l’esprit, par la beauté de la vie, l’état amoureux. Cela nous soulève au-dessus de nous-même.


Nous sommes plus qu’un empilement d’années ou d’expériences. Vieillir, c’est connaître une lumière de plus en plus grande. Car c’est le dépouillement les pertes, les deuils auxquels nous confrontent la vie, c’est ce qui nous allège qui nous éclaire.


Je trouve charmant la manière qu’a la vie de nous défaire de nos certitudes et de nos protections.


Christian Bobin
Le promeneur solitaire (extrait)



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04 octobre 2024

Hymne très pur


Un moineau parle :
je suis une mie de pain dans la barbe du Christ,
un brin de sa parole,
de quoi nourrir le monde jusqu’à la fin du monde.


Un rouge-gorge parle :
je suis une tache de vin sur la chemise du Christ,
un éclat de son rire au retour du printemps.


Une alouette parle :
je suis l’ultime soupir du Christ,
je monte droit au ciel,
je cogne du bec au ciel bleu clair,
je demande que l’on m’ouvre,
j’emmène dans mon chant toute la terre,
je demande, je demande, je demande.


Et tous et toutes ainsi pépient et chantent
et viennent connaître la vérité de leur chant
auprès de François d’Assise,
près de l’Homme-arbre,
de l’Homme-fleur,
de l’Homme-vent,
de l’Homme-terre.


Chrisitan Bobin

Bonne Fête de Saint François d’Assise !
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21 janvier 2024

Être vivant



Le monde prétendu moderne est une sorte de conjuration contre la chose la plus vieille du monde et la plus solide au monde, à savoir le cœur. J’entends par cœur, pas le sentimentalisme, pas même le sentiment, mais une puissance de vie que chacun de nous peut avoir, une respiration. Ce que parfois on pouvait qualifier d’intériorité, ou dans des temps beaucoup plus anciens, l’âme.


Les sociétés d’aujourd’hui sont rendues malheureuses par la mise à sac de cette intériorité. Or elle est la vraie force de chacun. Quand chacun rentre dans son centre, revient vers soi-même et retrouve quelque chose qui ressemble à l’enfance, il est invincible.


Et être invincible, c’est ne pas soumettre sa vie à l’ordre du monde. C’est laisser sa vie dans la plus grande respiration possible, dans la fantaisie, parfois dans le silence, dans une parole qui sera toujours vive, fraîche, non conventionnelle. Être invincible c’est juste être vivant.


Christian Bobin (†2022)
L'orient littéraire (extrait) - (juin 2020)



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25 décembre 2022

Un mot d'enfant !

Soyons des ferments d’Amour.
Qu’au levain de la Fraternité la Paix soit plus qu’un souhait.
Joyeux Noël !
Belle et sereine année 2023 !




Il est devant nous cet enfant
Tendant les bras pour qu’on le prenne
Dans la recherche jamais ininterrompue
De ce qui est plus grand que soi
Et le premier venu est plus grand que nous
C’est une des choses que dit cet enfant
C’est l’unique chose qu’il cherche
À faire entrer dans nos têtes lourdes
Le premier venu est plus grand que nous
Voir l’autre dans sa noblesse de solitude
Dans la beauté perdue de ses jours
C’est ce qu’il s’efforce de nous dire
Cet enfant dans la crèche
Ne me regardez pas moi
Regardez le premier venu et ça suffira
N’importe quel être humain
Le noir, le blanc, le rouge, le jaune
Le vertueux, le voyou, le mendiant, le prince
L’enfant s’adresse à tous
de la même voix limpide
Comme s’il n’y avait ni blanc ni noir
Ni rouge, ni jaune, ni mendiant, ni prince
Mais seulement, à chaque fois, deux vivants face à face
Et la parole dans le milieu des deux qui va, qui vient
Ce que dit cet enfant est éclairé
Par des verbes pauvres
Prenez, écoutez, venez, partez, recevez, allez
Ce qu’il veut c’est que nous supportions de vivre ensemble
L’enfant ne dit pas : aimez-moi
L’enfant dit : aimez-vous

Christian Bobin


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28 novembre 2022

La confiance est le berceau de la vie

En hommage à Christian Bobin, décédé le 23 novembre 2022.

« J’essaie d’avoir le souci du présent, de qui me parle ou de ce qui se tait devant moi ; je cherche dans le plus tremblé du présent ce qui ne glissera pas comme tout le reste dans les ténèbres… Je tourne autour d’un mot : la bonté. C’est la bonté qui me stupéfie dans cette vie, elle est tellement plus singulière que le mal… La confiance est le berceau de la vie.» (extrait de l'entretien de Christian Bobin avec le Monde des religions paru en 2007) 

Écrivain et poète français, il se fait connaître du grand public en 1992 avec "Le Très-Bas", livre consacré à saint François d’Assise. 



Noël, la rencontre d'un nouveau-né pas comme les autres ...


J'éprouve de la méfiance vis-à-vis d'un imaginaire un peu trop chaleureux, romantique, "sucré". Noël n'est pas une jolie histoire, un joli rêve.


À Noël, je vois venir à ma rencontre un nouveau-né qui, déjà, est mon maître. Un enfant qui va me donner à manger comme on donne à manger à un nourrisson. Un enfant qui va m'apprendre des vérités élémentaires et pourtant tellement essentielles.


Il va m'apprendre que d'un côté il y a les stratégies, les calculs, la force la puissance, l'argent, la jalousie. Et que, de l'autre, il y a l'attention à l'autre, l'oubli de soi, le don, l'ouverture, la bonté.


À Noël arrive un enfant qui va nous rendre la vie impossible, mais sans cet impossible, il n'y a rien.

Christian Bobin



| Le pas "en Avent" du jour ►


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20 novembre 2022

Un roi sans puissance


Il dit qu’Il est la vérité. C’est la parole la plus humble qui soit. L’orgueil, ce serait de dire: la vérité, je l’ai. Je la détiens, je l’ai mise dans l’écrin d’une formule. La vérité n’est pas une idée mais une présence. Rien n’est présent que l’amour. La vérité, il l’est par son souffle, par sa voix, par sa manière amoureuse de contredire les lois de pesanteur, sans y prendre garde.


Que des millions d’hommes se soient nourris de son nom, qu’ils aient peint son visage avec de l’or, fait retentir sa parole sous des coupoles de marbre, cela ne prouve rien quant à la vérité de cet homme. On ne peut accorder crédit à sa parole en raison de la puissance historique qui en est sor­tie: sa parole n’est vraie que d’être désarmée.


Sa puissance à lui, c’est d’être sans puissance, nu, faible, pauvre, mis à nu par son amour, affaibli par son amour, appauvri par son amour.


Telle est la figure du plus grand roi d’humanité, du seul souverain qui ait jamais appelé ses sujets un à un, à voix basse de nourrice. Le monde ne pouvait pas l’entendre. Le monde n’entend que là ou il y a un peu de bruit ou de puis­sance. L’amour est un roi sans puissance, Dieu est un Homme qui marche bien au-delà de la tombée du jour.


Christian BOBIN
« L’Homme qui marche » (extrait) Éditions Le temps qu’il fait


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09 juillet 2022

La promenade est un art

La promenade est un art,
sans doute le plus ancien.
On peut le comparer à celui du tissage,
à cette façon d'entrelacer des fils,
de composer un tissu aux mailles si serrées
qu'on n'en voit plus le détail
mais qu'on jouit de l'ensemble.

La promenade est un art amoureux,
un art du tissage.
Le mouvement des corps
et celui des pensées,
le fou rire d'un ruisseau
et l'effarouchement des bêtes sous les buissons,
tout va ensemble,
tout fait une seule étoffe,
entrelaçant l'air et le songe,
le visible et l'invisible.


Christian Bobin


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15 octobre 2021

Sans elle, rien...



La confiance est la matière première de celui qui regarde : c’est en elle que grandit la lumière. 

La confiance est la capacité enfantine d’aller vers ce que l’on ne connaît pas comme si on le reconnaissait. « Tu viens d’apparaître devant moi et je sais qu’aucun mal ne peut me venir de toi puisque je t’aime, et c’est comme si je t’aimais depuis toujours.»

La confiance est cette racine minuscule par laquelle le vivant entre en résonance avec toute la vie – avec les autres hommes, les autres femmes, comme avec l’air qui baigne, la terre ou le silence qui creuse un ciel. 

Sans confiance, plus de lien et plus de jour. Sans elle, rien.

Christian Bobin 

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04 octobre 2021

Hymne très pur



Un moineau parle :

je suis une mie de pain dans la barbe du Christ,
un brin de sa parole,
de quoi nourrir le monde jusqu’à la fin du monde.
 
Un rouge-gorge parle :
je suis une tache de vin sur la chemise du Christ,
un éclat de son rire au retour du printemps.
 
Une alouette parle :
je suis l’ultime soupir du Christ,
je monte droit au ciel,
je cogne du bec au ciel bleu clair,
je demande que l’on m’ouvre,
j’emmène dans mon chant toute la terre,
je demande, je demande, je demande.
 
Et tous et toutes ainsi pépient et chantent
et viennent connaître la vérité de leur chant
auprès de François d’Assise,
près de l’homme-arbre,
de l’homme-fleur,
de l’homme-vent,
de l’homme-terre.
 
Chrisitan Bobin

Bonne Fête de Saint François d'Assise !
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16 juin 2021

J'aime ceux qui aiment


Petite fille, tu as couru pendant tes quatre premières années sur la terre maternelle, puis cette terre s’est ouverte, effondrée d’un seul coup, et il t’a été donné d’apprendre l’essentiel : que le fond de cette vie terrestre n’est pas sûr, qu’il est friable, mouvant, instable. C’est une bonne découverte mais elle est venue pour toi un peu tôt. Nous avons besoin de nous tromper avant d’accéder à la vérité. Nous avons besoin de croire à l’éternité de ceux qui nous aiment pour grandir et un jour comprendre, sans être détruit, que cette éternité-là est mensongère, et qu’il nous faut désormais aimer sans rien attendre de l’amour hors la joie présente qu’il donne, avec quoi il se confond.

Ce qui compte c’est le spirituel, et le spirituel c’est le noyau sauvage, la pudeur affolée dont les religions ne sont qu’une piètre traduction, un apprivoisement. 

L’esprit c’est le vent, les rafales de vent sur les dunes des phrases des livres saints. La grande, l’unique liberté. On voit passer l’esprit dans les yeux en flammes de quelques gitans, de quelques poètes, de nombreuses personnes simples et ignorées du monde, dont le rayonnement dans l’invisible est plus fort que celui d’une étoile à son apogée.

Est spirituel ce qui, en nous, ne se suffit pas du monde, ne s'accommode d'aucun monde. C'est quand le spirituel s'affadit qu'il devient du religieux. 

Je n'aime pas ceux qui parlent de Dieu comme d'une valeur sûre. Je n'aime pas non plus ceux qui en parlent comme d'une infirmité de l'intelligence.

Je n'aime pas ceux qui savent, j'aime ceux qui aiment.

Faire sans cesse l’effort de penser à qui est devant toi, lui porter une attention réelle, soutenue, ne pas oublier une seconde que celui ou celle avec qui tu parles vient d’ailleurs, que ses goûts, ses pensées et ses gestes ont été façonnés par une longue histoire, peuplée de beaucoup de choses et d’autres gens que tu ne connaîtras jamais. Te rappeler sans arrêt que celui ou celle que tu regardes ne te doit rien, n’est pas une partie de ton monde, il n’y a personne dans ton monde, pas même toi. Cet exercice mental  qui mobilise la pensée et aussi l’imagination est un peu austère, mais il te conduit à la plus grande jouissance qui soit, aime celui ou celle qui est devant toi, l’aimer d’être ce qu’il est une énigme et non pas d’être ce que tu crois, ce que tu crains, ce que tu espères, ce que tu attends, ce que tu cherches, ce que tu veux.

Christian Bobin
Autoportrait au radiateur (extrait)

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09 avril 2021

Résister



Toujours ramener la vie à sa base, à ses nécessités premières, la faim, la soif, la poésie, l'attention au monde et aux gens. Il est possible que le monde moderne soit une sorte d'entreprise anonyme de destruction de nos forces vitales, sous le prétexte de les exalter. 

Il détruit notre capacité à être attentif, rêveur, lent, amoureux, notre capacité à faire des gestes gratuits, des gestes que nous ne comprenons pas. 

Il est possible que ce monde moderne, que nous avons fait surgir et qui nous échappe de plus en plus, soit une sorte de machine de guerre impavide. Les livres, la poésie, certaines musiques peuvent nous ramener à nous-mêmes, nous redonner des forces pour lutter contre cette forme d'éparpillement. 

La méditation, la simplicité, la vie ordinaire. Voilà qui donne des forces pour résister. Le grand mot est celui-là : résister.

Christian Bobin

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